L'élément de qualité bilan de l'oxygène reflète le niveau de désoxygénation de l'hypolimnion.
Il correspond à la moyenne du déficit observé entre la surface (2-3 premiers mètres de la colonne d'eau) et le fond (2-3 derniers mètres de la colonne d'eau) lors des campagnes estivales.
Plus le taux d’oxygène en profondeur est faible par rapport à la surface, plus l’état de cet élément de qualité est dégradé. Il renseigne ainsi sur la capacité d'assimilation de la matière organique par le système lacustre et sur le niveau de production biologique du plan d'eau. Certains facteurs naturels (altitude, conditions climatiques, efficacité du brassage des eaux hivernal) et certaines caractéristiques physiques du plan d'eau (forme de la cuvette, profondeur, prise au vent) peuvent cependant influer sur sa valeur et doivent être pris en considération lors de l'interprétation des résultats.
Il ne s'applique qu'aux plans d'eau présentant une stratification de la masse d'eau. Cet élément de qualité n'est actuellement pas pris en compte pour évaluer l'état/le potentiel écologique des plans d'eau et doit donc être considéré comme un élément de diagnostic complémentaire.
Le déficit en oxygène surface/fond observé en 2024 et lors des suivis antérieurs
Le tableau ci-dessus affiche l'état de l'élément de qualité selon les seuils de l'arrêté "Evaluation" de 2018 (seul un seuil est défini : 50 % limite BON/MOYEN) et également selon des seuils ajustés afin de mieux mettre en évidence les situations les plus dégradées (MOYEN : 50 % - 80 % / MEDIOCRE : 81 % - 90 % / MAUVAIS : > 90 %).
Les plans d'eau présentant les désoxygénations les plus marquées en 2024 (classes ajustées de MEDIOCRE à MAUVAIS) sont ainsi le lac d'Aiguebelette et les retenues de Codole et de Figari en Corse (état mauvais), les lacs d'Ilay, de Petichet et de Remoray (état médiocre). Pour ces plans d'eau, une couche d'eau d'ampleur plus ou moins importante devient totalement désoxyxénée en profondeur sur une, voire plusieurs campagnes d'échantillonnages. La totalité de l'oxygène de cette tranche d'eau a ainsi été consommée par les organismes assurant la dégradation de la matière organique produite au sein de la masse d'eau et accumulée dans le sédiment. Le manque d'oxygène dans le fond des plans d'eau favorise la libération du phosphore piégé dans les sédiments.
Les plans d'eau listés ci-dessus présentaient déjà ce niveau de désoxygénation sur les suivis antérieurs.
Cette approche permet de rendre compte de la différence d'oxygénation entre les couches d'eau de surface et les eaux profondes mais celle-ci n'apporte pas d'information sur l'efficacité du brassage hivernal, c'est à dire sur le bon mélange des eaux de la colonne d'eau au cours du cycle annuel, sur la redistribution homogène des nutriments et la réoxygénation de la masse d'eau en profondeur. Ainsi, il peut être fait remarquer que parmi l'ensemble des plans d'eau listés ci-dessus, seul le lac d'Aiguebelette ne présente pas une colonne d'eau brassée en sortie de période hivernale. En effet, les profils en profondeurs des paramètres physico-chimiques effectués au cours du suivi 2024 indiquent le maintien d'une couche d'eau profonde désoxygénée tout au long du suivi annuel de ce plan d'eau (même la campagne effectuée en sortie d'hiver indique ainsi une couche d'eau anoxique au-delà de 45 mètres de profondeur). La faibe exposition aux vents de ce plan d'eau explique cette situation (sa situation topographique "protège" ainsi le lac des vents dominants, ce qui en fait un lac peu venté), accentuée par la tendance au réchauffement (hivers moins rigoureux). L'efficacité du brassage hivernal sur ce plan d'eau va ainsi dépendre directement des conditions climatiques annuelles. Par conséquent, le dernier brassage véritablement efficace sur le lac remonte à 2022 (Cf. RASCONI S., TRAN KHAC V. & QUENTIN P. 2025. Suivi de la qualité des eaux du lac d'Aiguebelette. Campagne 2024. UMR CARRTEL - INRAE - USMB - Observatoire OLA. 36 pages).
Cette anoxie est également détectable par l'augmentation des concentrations en ammonium, fer et manganèse dans les eaux de fond : les conditions réductrices engendrées par l'absence d'oxygène à l'interface eau/sédiment peuvent déclencher le relargage de ces éléments dans la colonne d'eau.