Eaux souterraines

3. L'état chimique 2024 par groupes de paramètres physico-chimiques

3.1. Nitrates

Une situation stable et globalement bonne.

Etat chimique 2024 à la station pour les nitrates - Données 2019-2024

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La situation vis-à-vis des nitrates est sensiblement la même que les années précédentes. Sur les 675 stations de suivi des nitrates, 66 ont présenté un état chimique médiocre pour ce paramètre, soit environ 9,8 %.

Très solubles dans l’eau, les nitrates peuvent constituer une cause majeure de pollution des eaux souterraines. Les nitrates dans les eaux souterraines sont issus majoritairement d’effluents d’élevage et d’apports excessifs d’engrais azotés aux cultures. Les teneurs les plus élevées sont enregistrées dans les secteurs caractérisés par des activités agricoles intensives.

Sur le bassin Rhône-Méditerranée, les principaux secteurs concernés par un état chimique médiocre du fait de concentrations excessives en nitrates sont :

- en Bourgogne Franche Comté et Grand Est : les calcaires jurassiques du Châtillonnais ;

- en Auvergne Rhône Alpes : les couloirs fluvio-glaciaires de l’Est lyonnais et la basse plaine de la Bourbre, les alluvions quaternaires et molasses miocènes dans la région de Valence ;

- en Provence Alpes Côte d’Azur : la plaine de l’Eygoutier, le plateau de Valensole, la molasse miocène du bassin de Carpentras et la plaine de Berre ;

- en Occitanie : les plaines de Mauguio-Lunel et de la Vistrenque.


Sur le bassin de Corse, toutes les stations sont en bon état du point de vue des nitrates, et aucune commune n’est classée en en Zone Vulnérable au titre de la Directive Nitrates.

Pour en savoir plus :

3.2. Pesticides

Etat chimique 2024 à la station pour les pesticides - Données 2019-2024

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Une contamination importante des zones agricoles.

Les pesticides (ou produits phytosanitaires) sont utilisés pour protéger les végétaux contre les organismes considérés comme nuisibles. Majoritairement d’origine agricole, les pesticides dans les eaux souterraines peuvent également provenir d’activité non agricole comme le jardinage amateur, l’entretien des voiries et espaces verts et de certains secteurs industriels.

Des résidus de produits phytosanitaires, c’est-à-dire aussi bien les substances actives que leurs produits de dégradation, se retrouvent à l’échelle du bassin sur environ trois quarts des stations de mesure.

Sur les 675 stations DCE, 248 stations, soit 36,7 %, ont présenté un état chimique médiocre du fait de la présence de pesticides à des teneurs supérieures aux normes DCE (0,1 µg/l pour les substances pesticides et métabolites pertinents, 0,9 µg/l pour les métabolites non pertinents et 0,5 µg/l pour la sommme des pesticides et métabolites pertinents).

La contamination des eaux souterraines par les pesticides est beaucoup plus étendue que celle par les nitrates. Seules les zones montagneuses du bassin, exemptes d’agriculture intensive sont indemnes de contamination par les pesticides. Plus de 84 % des stations en état chimique médiocre le sont à cause des pesticides.

La majorité des substances à l'origine du déclassement sont des produits de dégradation.

Les substances responsables du plus grand nombre de déclassements sont des métabolites issus de la dégradation de substances actives.

Le paramètre « Somme des pesticides » est le paramètre le plus déclassant, car il est la cause de 37,9 % des déclassements par les pesticides. Cependant, ce déclassement est dans la plupart des cas combiné avec des déclassement pour des substances individuelles. A l’instar des années précédentes, l’atrazine déséthyl déisopropyl, produit de dégradation de l'atrazine, reste une des principales substances déclassantes (avec 6.7 % des stations de suivi) plus de 20 ans après son interdiction.

L’exemple de l’atrazine montre bien qu’en dépit de l’interdiction d’utilisation de certaines matières actives depuis plusieurs années, leurs produits de dégradation, dont la toxicité peut être supérieure à la molécule mère, seront encore présents dans les eaux souterraines durant de nombreuses années.

On retrouve généralement les molécules herbicides comme l’atrazine, le métolachlore, le S-métolachlore et leurs produits de dégradation sur les territoires occupés majoritairement par des grandes cultures, en particulier dans les régions du nord du bassin (Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes) :

  • en Bourgogne Franche Comté et Grand Est : sur les plateaux calcaires de Haute-Saône et le Val de Saône avec les cultures de céréales ;

  • en Auvergne Rhône Alpes : sur le plateau plioquaternaire Dombes-Sud, les couloirs fluvio-glaciaires de l’Est lyonnais et la basse plaine alluviale de la Bourbre, les formations quaternaires et molassiques du bas Dauphiné Nord Isère, les formations quaternaires de Bièvre-Valloire et de la plaine de Valence avec les cultures de céréales et d’arbres fruitiers.

En dehors des zones de grandes cultures, la présence de produits phytosanitaires prédomine dans les régions viticoles telles que :

- les pieds des côtes calcaires bourguignonnes, charolaises et mâconnaises ;
- les pieds des côtes calcaires du Rhône ;
- les pieds des plateaux languedociens (essentiellement vignes et vergers).

L’amélioration de la surveillance à travers la recherche de nouvelles molécules

La pollution des eaux par les pesticides est un problème bien connu mais dont l’ampleur doit être réévaluée avec la recherche de nouvelles molécules et particulièrement la recherche de nouveaux métabolites, ces produits de dégradations des pesticides.

Depuis la mise en place des réseaux de suivi DCE de la qualité des eaux souterraines, le nombre de paramètres recherchés a considérablement augmenté. L’évolution des connaissances et des produits utilisés, l’amélioration des techniques analytiques des laboratoires et leurs prises en compte dans la réglementation sont à la base de la recherche croissante de nouvelles molécules.

Avec la dernière révision de l'arrêté sur la surveillance des eaux en application de la Directive Cadre sur l’Eau publiée en 2022, la liste minimale de substances pesticides et de produits de dégradation de pesticides à rechercher dans le cadre de la surveillance réglementaire des eaux souterraines a été étendue pour atteindre 147 substances. Les techniques analytiques actuelles permettent la recherche synchronisée de plusieurs centaines de molécules dans chaque échantillon à des concentrations très faibles. Ainsi, en 2024, 607 pesticides ou métabolites ont été recherchées sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, dont trois métabolites du chlorothalonil qui n’étaient pas recherchés jusqu’à présent : le chlorothalonil-4-hydroxy, le chlorothalonil-SA et enfin le chlorothalonil-R471811 responsable d’un grand nombre de déclassements.

En 2024, le chlorothalonil-R471811 est à l’origine d’un état chimique médiocre sur 174 stations de suivi DCE. Dans l'arrêté d'évaluation de l'état des masses d'eau, le chlorothalonil-R471811 est considéré comme un métabolite pertinent. Or, un avis de l'ANSES a recalifié le statut de ce métabolite pour le classer non pertinent en 2024. Cependant, pour la DCE (et pour cette analyse), le métabolite devra être considéré comme pertinent jusqu'à la révision de l'arrêté d'évaluation.

Note : la directive européenne 2020/2184 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine définit un métabolite comme pertinent « s’il y a lieu de considérer qu’il possède des propriétés intrinsèques comparables à celles de la substance mère en ce qui concerne son activité cible pesticides ou qu’il fait peser un risque sanitaire pour les consommateurs ». Pour la grande majorité des pesticides et pour les métabolites dit « pertinents », la valeur réglementaire ou la norme de qualité à ne pas dépasser est de 0,1 µg/L. Une autre limite s’applique pour les métabolites dit « non pertinents », elle est de 0,9 µg/L, soit neuf fois supérieures à la norme habituellement appliquée. Le classement d’un métabolite en pertinent ou non pertinent a donc une grande influence dans l’évaluation de l’état des eaux.

Quelques spécificités locales du bassin Rhône Méditerranée

Les déclassements dus à l’oxadiazon (pesticide interdit depuis 2015) se situent uniquement sur ou en aval de zones industrielles qui ont produit cette substance : nappe du Drac – rive droite en aval de la confluence avec la Romanche (agglomération de Grenoble) et nappe du Rhône - plaine de Péage-de-Roussillon.

A noter également une pollution historique du plateau de Valensole par le 2-6, dichlorobenzamide, un métabolite de pesticide. Ce dernier est un produit de dégradation du diclobénil, un herbicide aujourd’hui interdit d’utilisation, et qui en l’occurrence a été utilisé sur la lavande.

Remarque : l'évaluation de l'état chimique des eaux souterraines prend en compte l'ensemble des substances pesticides recherchées et leurs métabolites dits pertinents, et non une liste finie de substances comme c'est le cas par exemple pour les cours d'eau.

(+) Substances interdites (++) Produits de dégradation de substances interdites

N.B. : la SOMME PESTICIDE prend en compte la totalité des analyses pesticides et leurs métabolites, à l’exception des métabolites classés non pertinents par l’ANSES à la date de production de cette page.

Pour en savoir plus :

3.3. Métaux

Etat chimique 2024 à la station pour les métaux - Données 2019-2024

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N.B. : l'arrêté d'évaluation de l'état fixe des valeurs seuil pour un certain nombre de paramètres au niveau national. Cependant, des paramètres peuvent être influencés par le contexte géologique (certains métaux, les sulfates, les chlorures, la conductivité en particulier), c'est-à-dire pouvant être présents naturellement dans les eaux : on parle de "fond géochimique". Le préfet coordonnateur de bassin peut alors fixer des valeurs seuil spécifiques plus élevées pour certaines masses d'eau et certains paramètres lorsqu'il est avéré que les anomalies constatées ne résultent pas d'apports anthropiques mais du fond géochimique. Pour les métaux, l'établissement de valeurs seuils spécifiques à l'échelle des masses d'eau s'appuie en grande partie sur l'étude du BRGM intitulée « Identification des zones à risque de fond géochimique élevé en élément traces dans les cours d’eau et les eaux souterraines du bassin Rhône – Méditerranée et Corse. » (2005-2006). Les résultats présentés ici prennent en compte le fond géochimique et les valeurs seuil spécifiques éventuelles établies sur certaines masses d’eau.


Sur le bassin Rhône-Méditerranée, quelques stations présentent des déclassements vis-à-vis des métaux :


En Bourgogne Franche Comté et Grand Est :
⁣- La SOURCE DE LA GEGENE à La Haye (88) est déclassée pour des concentrations excessives en baryum. Sur cette masse d’eau, la valeur seuil avait été rehaussée de 700 µg/L à 1000 µg/L à cause de la présence d’un fond géochimique avéré. L’origine naturelle de ces concentrations est donc à privilégier.
⁣- Le PIEZOMETRE N°527-4-N77 à Abergement-La-Ronce (39) présente un déclassement lié à la concentration en arsenic. Cette pollution est d’origine industrielle : le piézomètre est implanté dans les alluvions interfluve Saône-Doubs dans le panache de pollution industrielle historique.
⁣- Le PIEZOMETRE AU LIEU DIT LE PETIT CHORME à Saint Cyr (71) est déclassé pour l’arsenic. L’origine de l’arsenic dans les eaux de ce piézomètre n’a pas été déterminé.


En Auvergne Rhône Alpes :
⁣- Le PUITS PRIVE S2 à SALAISE-SUR-SANNE (38) est déclassé pour des concentrations importantes en arsenic. Cette pollution est d’origine industrielle : le puits se trouve sur un site industriel de traitement multi-filières. Il n’y a pas eu de suivi des concentrations en arsenic entre 2014 et 2024. Les anciennes concentrations mesurées sur ce point n’excèdent pas 3 µg/L. En 2024, le suivi révèle des concentrations beaucoup plus importantes avec une grande variabilité temporelle. Ceci peut être dû à une évolution de l’activité du centre de traitement.
⁣- Le PIEZOMETRE PZ14 MINATEC à GRENOBLE (38)est déclassé par les cyanures totaux. Il s’agit d’une station de suivi ajoutée en 2024 pour renforcer le suivi de la masse d’eau des alluvions du Drac et de la Romanche sous influence pollutions historiques industrielles et sous l'agglomération grenobloise jusqu'à la confluence avec l'Isère. Les analyses sont réalisées sur la partie profonde de la nappe, celle qui est le plus impactée par les pollutions industrielles historiques. L’origine de cette pollution aux cyanures est donc très probablement due aux panaches de pollutions industrielles.


En PACA :
⁣- Le piézomètre S520P à CHATEAU-ARNOUX-SAINT-AUBAN (04) est déclassé par l’arsenic et le baryum. Il est situé en aval du terril d’une zone industrielle et suit la qualité de la masse d’eau FRDG348 Alluvions de la Durance moyenne en aval de St Auban (emprise du panache de pollution historique).

3.4. Micropolluants organiques (hors pesticides)

Dans la catégorie des micropolluants organiques (hors pesticides), les solvants chlorés sont les principales substances déclassantes. Néanmoins, par rapport aux pesticides, ces substances déclassent beaucoup moins fréquemment.

3.4.1 Solvants chlorés, COHV et Fréons

Etat chimique 2024 à la station pour les solvants chlorés, COHV et Fréons - Données 2019-2024

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Ce suivi est réalisé sur 438 points.

Les déclassements sont principalement dus à la présence de trichloroéthylène et tétrachloroéthylène. La présence de solvants chlorés dans l’environnement est uniquement d’origine anthropique. Ils sont principalement utilisés en tant que dégraissant, détergent et solvant dans l’industrie chimique.

Les nappes contaminées sont principalement situées au niveau de l'agglomération de Dijon, dans le secteur de Tavaux (au Sud-Ouest de Dole), sur la nappe du Rhône au niveau de l’agglomération lyonnaise, sur les alluvions du Drac et de la Romanche sous l'influence des activités industrielles de Jarrie et Pont-de-Claix (agglomération de Grenoble), sur la nappe de la Durance moyenne en aval de Château-Arnoux et au niveau de l'agglomération marseillaise.

3.4.2. BTEX (Benzène, Toluène, Éthylbenzène et Xylènes) et HAP

Etat chimique 2024 à la station pour le BTEX et les HAP - Données 2019-2024

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Les hydrocarbures aromatiques polycycliques ou HAP sont répandus dans l’environnement et proviennent en grande majorité de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole) et du bois.

Au total, les HAP ont été recherchés sur 436 stations. Aucune station n’est déclassée par les HAP.

Les BTEX ont quant à eux été recherchés sur 633 stations. Quatre stations ont été déclassées dont une en aval de la zone industrielle de CHATEAU-ARNOUX-SAINT-AUBAN (04) et trois au niveau de l’agglomération de GRENOBLE (38).

3.4.3. Molécules classées en micropolluants organiques « divers »

Le Méthylisothiazolinone est un biocide principalement utilisé pour ses propriétés conservatrices, notamment dans les peintures et les revêtements, les détergents, les procédés industriels, les produits cosmétiques, etc. Cette molécule est recherchée depuis 2022, elle déclasse 7 stations de suivi, avec une seule quantification par station. Il y a donc un doute sur la réelle présence. Toutefois, elle est soluble dans l’eau et largement utilisée. L’acquisition de nouvelles données dans les années à venir permettra de mieux évaluer la présence du méthylisothiazolinone dans les eaux souterraines.

Le 1,4-dioxane est avant tout utilisé dans des solvants pour le secteur de la manufacture. Il est également présent dans certains fumigènes et liquides de refroidissement, et comme agent moussant. Cette substance, recherchée depuis 2022 est à l’origine de l’état médiocre d’une station de suivi. Il s’agit du PUITS DE LONGVIC LES HERBIOTTES à MARSANNAY-LA-COTE (21) au sud de Dijon. Sur ce point la contamination au 1,4-dioxane est chronique. Ce point est également concerné par une pollution au PFAS où les résultats d’analyses depuis 2023 révèlent des concentrations importantes. L’aire d’alimentation correspond à une urbanisation périurbaine avec de l’habitat collectif, des voiries, de nombreuses zones d’activités et quelques industries importantes.

3.5. Autres paramètres

Etat chimique 2024 à la station pour les autres paramètres - Données 2019-2024

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D'autres paramètres peuvent également apparaitre comme déclassants tel que la conductivité, la concentration en chlorure, l’ammonium, etc. Ces éléments peuvent être d’origine naturelle ou industrielle. Ils peuvent également traduire des phénomènes d’intrusion d’eau salée imputables à l’activité humaine.