Eaux souterraines

4. Données de la campagne 2024

4.2. Pesticides

Nota : sur les 675 stations des réseaux DCE, 611 stations ont fait l'objet d'une recherche exhaustive de ces substances. Dans la suite du document, l'analyse porte sur ces 611 stations.

4.2.1. Fréquence de quantification des pesticides (toutes substances confondues)

Seulement 26,7 % des stations DCE exemptes de contamination en 2024.

La présence de pesticides et métabolites a été détectée et quantifiée au moins une fois sur 73,3 % des stations suivies. Les teneurs mesurées sont variables, et n’ont donc pas systématiquement d’incidence notable sur la qualité des eaux. Néanmoins, l’importance du taux de quantification traduit une dispersion importante des pesticides et une présence dans une part significative des eaux souterraines.

Sur le bassin Rhône-Méditerranée, au moins un pesticide est quantifié à chaque prélèvement sur 58,1 % des stations. Ce taux est encore plus élevé en Auvergne-Rhône-Alpes (60 %) et sur Bourgogne-Franche-Comté/Grand-Est (70 %).

Sur le bassin de Corse, la contamination est bien plus faible : seules 26,7 % des stations sont concernées par des quantifications de pesticides à chaque prélèvement.

Répartition des stations selon la fréquence de quantification de pesticides (toutes substances confondues)

Les classes de fréquence de quantification représentent le pourcentage de prélèvements présentant au moins une quantification de pesticides.

Ainsi, les stations en gris clair, sont les stations où aucun pesticide n'a été quantifié. Pour une station qui apparait en jaune dans la carte ci-dessous (classe < 50 %), un ou plusieurs pesticides ont été quantifiés sur moins de 50 % des prélèvements. Lorsqu'elle apparait en orange, un ou plusieurs pesticides ont été quantifiés dans 50 à 75 % des prélèvements. Lorsqu'elle apparait en rouge, un ou plusieurs pesticides ont été quantifiés dans 75 à 100 % des prélèvements. Et enfin, lorsqu'une station apparait en noir, sur chaque prélèvement au moins un pesticide a été détecté.

Données 2024

Zoomez et déplacez-vous sur la carte. Cliquez sur une station pour accéder aux informations associées.

Répartition des fréquences de quantification des pesticides (stations avec un programme d'analyse ciblé pesticides).

4.2.2 Fréquence de dépassement de la norme DCE pour la somme des pesticides quantifiés

En 2024, environ 82 % des stations DCE n'ont jamais présenté de concentrations supérieures à la norme réglementaire.

A quelques exceptions près, les stations contaminées à plus de 0,5 µg/l se trouvent dans les secteurs identifiés à risque du fait de la vulnérabilité des nappes concernées et les pressions principalement d’origine agricole qui s’y exercent. Ces stations appartiennent au contrôle opérationnel et font l’objet d’un suivi particulier vis-à-vis des pesticides.

Fréquence de dépassement de la norme eau potable pour la somme des pesticides quantifiés

Zoomez et déplacez-vous sur la carte. Cliquez sur une station pour accéder aux informations associées.

Répartition des fréquences de dépassement de la norme eau potable pour les pesticides (stations avec un programme d'analyse ciblé pesticides).

4.2.3. Répartition des substances pesticides quantifiées par famille d'usage

162 substances phytosanitaires ont été quantifiées sur 607 recherchées. 42,6 % d'entre elles sont des herbicides, 21,6 % des métabolites d'herbicides, les insecticides et les fongicides représentent chacun 9,3 % et 15,4 % des substances quantifiées, 3,1 % sont des métabolites de fongicides. Les 8 % restant sont des molécules mixtes ou des régulateurs de croissance ainsi que des métabolites hors métabolites d'herbicides et de fongicides.

4.2.4 Les substances les plus fréquemment identifiées.

(+) Substances interdites (++) Produits de dégradation de substances interdites

N.B. : la SOMME PESTICIDE prend en compte la totalité des analyses pesticides et leurs métabolites, à l’exception des métabolites classés non pertinents mentionnés dans l'arrêté d'évaluation.

Les triazines restent une des causes principales de contamination des eaux souterraines

La contamination des eaux souterraines par les produits phytosanitaires est encore fortement liée à la présence de triazines (atrazine, terbuméton, simazine, terbuthylazine, etc.) et de leurs produits de dégradation (tels que l’atrazine déséthyl et l’atrazine déséthyl déisopropyl).

L’usage de la plupart de ces substances est interdit en France depuis de nombreuses années. Toutefois, l’utilisation massive de ces produits avant leur interdiction ainsi que leurs propriétés (faible biodégradabilité, persistance d’action, durée de vie, mobilité...) en font encore de nos jours une cause majeure de pollution par les produits phytosanitaires, même si les concentrations rencontrées ne sont pas systématiquement à l'origine d'un déclassement de la qualité des eaux.

Ayant une structure chimique différente de celle de leur molécule mère, les métabolites présentent des propriétés physico-chimiques distinctes et peuvent donc se comporter différemment dans l’environnement. Dans le cas de l’atrazine, le remplacement de l’atome de chlore par une fonction hydroxyle (OH) conduit à un métabolite, le 2-hydroxyatrazine plus soluble dans l’eau mais présentant une meilleure affinité pour la matière organique du sol et donc une meilleure rétention dans le sol que l’atrazine elle-même. Inversement, l’élimination des groupes alkyles (déséthyle et désisopropyle) de l’atrazine diminue l’affinité pour la matière organique du sol (donc la rétention) et facilite le transfert vers les eaux souterraines. L’atrazine se biodégrade en conditions aérobies d’abord et principalement en déséthyl-atrazine et dans une moindre mesure en déisopropyl-atrazine puis en déséthyldéisopropyl-atrazine.

En 2024, le taux de quantification de déséthyldéisopropyl-atrazine est beaucoup moins important que les années précédentes, 26.5 % de quantification en 2022 contre 16 % en 2023 et 2024. Le laboratoire d’analyses a été interrogé à ce sujet. La méthode analytique n’a pas évolué depuis 2018 mais, sur cette molécule, il existe une incertitude analytique de l’ordre de 50 % qui peut avoir une influence lorsque les résultats sont proches de la LQ. Cette incertitude ne suffit pas à tout expliquer. Une fiabilisation de la méthode avec l’utilisation d’étalons internes a été mise en œuvre dès 2024.

Les métabolites des chloroacétamides

Depuis l'interdiction de l'atrazine, le S-métolachlore est devenu l'un des produits les plus vendus pour le désherbage chimique dans les zones de grandes cultures. L’adsorption du S-métolachlore est largement plus importante et sa dégradation plus rapide que pour ses métabolites. Cela explique pourquoi les métabolites sont plus fréquemment quantifiés que la molécule mère. La recherche des métabolites ESA et OXA du métolachlore depuis 2017 révèle une contamination des eaux souterraines par les produits de dégradation du S-métolachlore. Le métolachlore ESA est la substance la plus quantifiée à l'échelle du bassin, quantifiée dans 31,6 % des cas. Les trois métabolites du S-métolachlore (ESA, OXA, NOA) sont classés comme métabolites non pertinent par l’ANSES. La limite de qualité qui s’applique est de 0,9 µg/L et ils ne sont pas intégrés au calcul de la somme des concentrations des pesticides et métabolites.

Afin de préserver la ressource, l’ANSES a fixé dès 2021 des restrictions d’usage sur les pesticides à base de S-métolachlore, puis a fait part dans le courant de l’année 2023 de sa décision d’interdiction des principaux usages phytopharmaceutiques de ces produits.

Du nouveau ...

Le Diméthachlore CGA 369873, un autre métabolite de chloroacétamide

Recherché depuis 2022, le métabolite du diméthachlore arrive dans le classement de pesticides les plus fréquemment quantifiés avec une fréquence de quantification de 15,5 % soit la septième substance la plus quantifiée. La concentration maximale mesurée est de 0,28 µg/l mais comme ce métabolite est jugé non pertinent (donc avec une valeur seuil de 0,9 µg/L), aucun dépassement de la norme n’a été observée.

Les métabolites de chloridazone

Le chloridazone méthyl desphényl est un métabolite issu de la dégradation de la chloridazone, un pesticide utilisé principalement dans la culture des betteraves des années 1960 jusqu'à fin 2020. Cette substance, recherchée depuis 2022, est une des substances les plus quantifiées sur l’ensemble des bassins Rhône Méditerranée et Corse avec une fréquence de quantification de 14.2 %. La fréquence de quantification est particulièrement importante sur les régions Bourgogne Franche Comté et Grand Est, plus de 31 %.

Les métabolites du chlorothalonil

Le chlorothalonil est un fongicide à large spectre d’utilisation qui a été utilisé aussi bien sur les surfaces agricoles (vigne, blé-orge, pois, betterave, tournesol, pomme de terre, avoine, seigle, triticale et cultures de pleins champs type ail, oignon ou melon) que non agricoles (terrains de golf). Il s’agit également d'un biocide qui a été utilisé pour la protection de produits et des matériaux de construction ou dans des produits antisalissures, mais ces usages ne sont plus autorisés depuis les années 2009 à 2011 (selon les usages). L’interdiction des usages phytosanitaires est plus récente et date de mai 2020.

Comme toutes les substances actives, le chlorothalonil se transforme en produits de dégradation dont des métabolites, fréquemment plus mobiles que ne l’est la substance active.

Les métabolites du chlorothalonil ont été recherchés progressivement dans les eaux souterraines des bassins Rhône Méditerranée et Corse à partir de 2023 en lien avec l’évolution des capacités analytiques du laboratoire. Ainsi à partir du second semestre 2023, le chlorothalonil SA et Chlorothalonil-4-hydroxy ont été recherchés : le chlorothalonil SA fait depuis partie des vingt produits phytosanitaires et produits de dégradation les plus quantifiés.

A partir de 2024, la recherche du métabolite chlorothalonil-R471811 révèle une pollution à grande échelle. Le métabolite chlorothalonil-R471811 est quantifié sur 55,6 % des analyses et dépassent sur 60 % de ces quantifications la valeur réglementaire de 0,1 µg/L. Cette molécule, nouvellement recherchée, devient la première substance quantifiée à l’échelle du bassin Rhône Méditerranée.

En complément ...

Parmi les substances fréquemment rencontrées, il est également intéressant de noter la présence de l’oxadixyl, un fongicide interdit depuis 2003, utilisé en association avec d'autres substances sur les vignes (traitement du mildiou), et ponctuellement sur les laitues, les tomates, les pommes de terre... Notons également la présence du 2,6 dichlorobenzamide, métabolite du dichlobénil, produit interdit de vente en mars 2009, et, depuis mars 2010, interdit d’utilisation. Son usage sur lavande et lavandin est à l’origine de cette contamination, notamment sur le plateau de Valensole.

A noter : le glyphosate, un des produits phytosanitaires le plus vendu sur le territoire de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, et son produit de dégradation l’AMPA sont relativement peu détectés dans les eaux souterraines. Cela peut s'expliquer par leur faible mobilité et leur forte capacité d'adsorption dans les sols.