Le phytoplancton rassemble l'ensemble des organismes végétaux vivant en suspension dans l'eau. Le phytoplancton est à la base de la chaîne alimentaire en servant de nourriture aux organismes animaux (zooplancton, poissons...).
Les caractéristiques du milieu (disponibilité des nutriments, température de l'eau, stabilité de la colonne d'eau...) ont une incidence sur la composition spécifique du peuplement phytoplanctonique et sur l'abondance du phytoplancton (reflétée par la teneur en chlorophylle a).
L'indice IPLAC (Indice Phytoplancton LACustre) prend en compte ces deux composantes du phytoplancton pour évaluer l'état de cet élément de qualité biologique (métrique de biomasse algale MBA et métrique de composition spécifique MCS).
Plus l’indice IPLAC tend vers 1, plus l’élément de qualité phytoplanctonique s’apparente au très bon état.
MBA : Métrique de Biomasse Algale.
MCS : Métrique de Composition Spécifique.
NC : Non Calculable.
Indices 2024 calculés avec le SEEE (V1.1.0 de l'indicateur IPLAC)
Qualification : la qualification de la donnée est le niveau de confiance qu’un opérateur a dans la conformité d'un résultat (Correcte/Incertaine/Incorrecte)
L'indice IPLAC s'applique à l'ensemble des plans d'eau suivis (naturels et d'origine anthropique) dans le cadre de l'évaluation de l'état ou du potentiel écologique. Son calcul prend en compte les 3 campagnes phytoplanctoniques dites "estivales", c'est à dire celles réalisées sur la période s'étalant du 1er mai au 31 octobre.
La grande majorité des plans d'eau suivis en 2024 (90 %, 17/19) affiche une bonne ou une très bonne classe d'état vis-à-vis de cet élément de qualité biologique.
Deux plans d'eau ne satisfont pas au bon état et sont classés en état moyen : le retenue de Vinça dans les pyrénées-orientales et la retenue de Codole en Haute-Corse. Pour ces 2 plans d'eau, cette situation est récurrente et ils ont ainsi déjà présentés ce niveau d'altération du peuplement phytoplanctonique.
La métrique de biomasse algale (MBA) est particulièrement dégradée pour Codole puisque de niveau médiocre. Celle-ci serait même encore plus altérée si les résultats de la première campagne d'échantillonnage étaient considérés par l'indicateur. En effet, dès la sortie de l'hiver (fin mars), une très forte biomasse phytoplanctonique (bloom algal) est déjà observable sur la retenue de Codole (aussi bien en termes de teneurs en chlorophylle a, que de biovolumes phytoplanctoniques totaux), le peuplement étant par ailleurs très largement dominé par les cyanobactéries. Cette situation est assez inhabituelle à cette période de l'année, ces caractéristiques de peuplement étant généralement plus rencontrés en fin d'été sur les plans d'eau. Le peuplement observé sur les retenues de Codole et de Vinça est caractéristique de milieux de trophie élevée. Plusieurs espèces de cyanobactéries potentiellement toxinogènes affichent une abondance importante sur ces plans d'eau, pouvant présenter un risque sanitaire selon les usages du plan d'eau. De plus, pour ces deux plans d'eau, la non prise en compte de certains taxons dans le calcul de l'indice, taxons pourtant indicateurs de milieux altérés et responsables des blooms algaux observés, peut conduire à surestimer la valeur de la métrique de composition spécifique du peuplement (MCS) et au final la valeur IPLAC. L'évaluation en état moyen du compartiment phytoplanctonique des retenues de Codole et de Vinça paraît ainsi assez clémente.
Les plus fortes valeurs observées en chlorophylle a (µg/l) lors du suivi 2024
Le dosage de la chlorophylle a reflète la quantité de biomasse algale du plan d'eau.
Les plus fortes concentrations (> 10 µg/l) sont mesurées sur les deux plans d'eau précédemment cités et déclassés par l'IPLAC en état moyen (Codole et Vinça). Les concentrations mesurées en chlorophylle a au cours du suivi annuel sur la retenue de Codole figurent toutes dans cette liste, illustrant l'importance de la biomasse phytoplanctonique affectant ce plan d'eau, quelle que soit la période de l'année considérée. Il est plus étonnant de retrouver dans ce classement la retenue du Sautet, localisée sur le Drac, en Isère. Une telle concentration est en effet assez atypique pour ce plan d'eau, et qui plus est, concernant une valeur obtenue sur la première campagne réalisée (début juin), lorsque les conditions environnementales ne sont pas encore les plus optimales pour la croissance phytoplanctonique (température de l'eau encore très fraîche dans ce milieu). Cette valeur est cependant confirmée par les mesures de chlorophylle a effectuées in-situ, atteignant jusqu'à 8 µg/l sur la zone euphotique et corroborée également par les résultats des comptages phytoplanctoniques, attestant d'une abondance assez notable pour ce plan d'eau sur la première campagne annuelle. Ce résultat reste malgré tout atypique sur le Sautet, les 3 autres campagnes aboutissant à des concentrations en chlorophylle a inférieures ou égales à la limite de quantifiation de ce paramètres (≤1 µg/l).
Répartition des valeurs de transparence observées (mètre) par plan d'eau lors du suivi 2024
La transparence des eaux est classiquement inversement corrélée avec l'importance du développement phytoplanctonique.
La représentation ci-dessous permet de comparer les mesures de transparence effectuées sur les différents plans d'eau suivis en 2024.
Quatre plans d'eau sont impactés par des valeurs de transparence globalement assez faibles (inférieures à 2 mètres). Pour la retenue de Codole, il s'agit d'une conséquence directe des forts développements algaux touchant le plan d'eau.
Pour le bassin du Grand-Large et celui du Réaltor, l'explication est différente et est à relier aux caractéristiques physiques de ces plans d'eau de très faible profondeur. Ainsi, la valeur de transparence est bien souvent limitée sur ces milieux par la faible profondeur de ces plans d'eau (fond visible à l'oeil nu).
Quant à la retenue du Sautet, bien qu'abordée précédemment parmi les plans d'eau affichant une concentration pouvant être ponctuellement élevée en chlorophylle a, la raison de son positionnement au sein des plans d'eau affichant les plus faibles transparences n'est ici pas expliquée par l'importance des développements phytoplanctoniques touchant ce plan d'eau. Cette faible transparence est à relier dans ce cas à la présence de particules fines minérales en suspension dans l'eau (eaux "grises", très turbides, issues du Drac, phénomène particulièrement marqué lors de la fonte des neiges). L'élément de qualité transparence n'est donc pas pris en compte dans l'évaluation de l'état de ce plan d'eau (exception locale).
La retenue des Bouillouses, localisée en haute altitude (2 017 m) au pied du Pic Carlit, dans les Pyrénées-Orientales, présente les plus fortes valeurs de transparence (jusqu'à plus de 8 mètres), illustrant la très faible productivité primaire de ce milieu.
D'autres plans d'eau se distinguent également de part des valeurs de transparence également assez élevées et une distribution des valeurs réduite, signe d'une relative stabilité de la quantité de biomasse algale au cours des saisons. C'est le cas des lacs de Remoray et de Saint-Point, dans le Doubs, et du lac d'Ilay dans le Jura.
Enfin, certains plans d'eau affichent des distributions de valeurs importantes, reflets des fortes variations des mesures de transparence selon les campagnes d'échantillonnages et les saisons (Aiguebelette, Puylaurent, Avène). Les faibles valeurs de transparence obtenues sur certaines campagnes d'échantillonnages pour ces plans d'eau ne sont pas nécessairement révélatrices de forts développement algaux mais plutôt d'une turbidité ponctuelle des eaux d'origine minérale (cas d'Avène et Aiguebelette).