COURS D'EAU

2. Les éléments de qualité

2.3. Les micropolluants

2.3.3. La contamination des bassins Rhône-Méditerranée et de Corse

2.3.3.6. La contamination par d'autres micropolluants organiques

Les autres micropolluants organiques les plus fréquemment quantifiés.

Les graphiques ci-dessous présentent pour chacun des supports eau et sédiment les fréquences de quantification des micropolluants organiques autres quantifiés au moins une fois.

Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, les paramètres les plus quantifiés sur le support eau sont :

  • le tolyltriazole (code SANDRE 6660) : c'est un mélange d'isomères qui diffèrent du benzotriazole par l'ajout d'un groupe méthyle sur le cycle benzénique. Le tolyltriazole est un inhibiteur de corrosion pour prévenir la corrosion des alliages métalliques, il a des utilisations similaires au benzotriazole. Ainsi, il est utilisé dans les systèmes de refroidissement ou de chaudières, dans les liquides de refroidissement ou dans les produits antigel. Il peut également être employé dans les tablettes à vaisselle pour protéger la vaisselle, dans les détergents métalliques...
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, le tolytriazole est quantifié dans respectivement 64 % et 8 % des échantillons. Il contamine 496 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 8 stations du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 38.1 µg/l.

  • le benzotriazole (code SANDRE 7543) : il est utilisé comme inhibiteur de corrosion pour prévenir la corrosion des alliages métalliques et comme absorbeur d'UV pour prévenir la dégradation des produits dans lesquels ils sont employés. Les principaux usages se font dans les secteurs de l’industrie du plastique (emballages, jouets, équipements électroniques…), des revêtements (appliqué au BTP et à l’automobile) et de la mécanique (dégivrant/antigivrant, notamment dans les avions, et liquide frein). Ils sont aussi largement utilisés dans les détergents pour lave-vaisselle, lessives en poudre contenant des agents blanchissants et, dans une moindre mesure, dans l’industrie du textile (tissus bruts et vêtements), des cosmétiques (crèmes solaires par exemple) et dans des produits pharmaceutiques. Leur présence dans l’environnement peut être persistante car ils sont stables et peu sensibles aux mécanismes de dégradation. (Fiche de données technico-économiques de l'Ineris, 2021).
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, le benzotriazole est quantifié dans respectivement 49 % et 5 % des échantillons. Il contamine 413 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 6 stations du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 50 µg/l.

  • l'EDTA ou Ethylène diamine tétraacétique (code SANDRE 1493) : c'est un agent chélatant utilisé dans plusieurs procédés industriels. Il entre dans la formulation de nombreux produits. La fiche de données technico-économiques de l'Ineris précise que l’EDTA et ses sels sont utilisés principalement dans les produits de nettoyage industriel et domestique mais aussi dans les fertilisants agricoles.
    Pour cette substance, l'Ineris propose des normes de qualité environnementale qui n'ont aucun statut réglementaire et doivent donc être considérées comme des valeurs guides et non des normes : 40 µg/l pour la concentration moyenne annuelle et 78 µg/l pour la concentration maximale admissible dans l'eau.
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, l’EDTA est quantifié dans respectivement 23 % et 1 % des échantillons. Il contamine 154 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 1 stations du bassin de Corse. Les concentrations mesurées (c'est-à-dire quantifiées) sont supérieures à 40 µg/l pour 15 % d’entre elles, à 78 µg/l pour 7 % d’entre elles. La concentration maximale mesurée est de 12 700 µg/l.
    L’incapacité des stations d’épuration à éliminer ce composé (substance très peu biodégradable) explique en partie la contamination des cours d’eau par l'EDTA. Par ailleurs, son aptitude à former des complexes métalliques très stables peut priver les organismes vivants d’éléments essentiels (calcium, magnésium…) et faire de l’EDTA un composé très toxique.

  • le 4-tert-butylphénol (code SANDRE 2610) : il est utilisé dans la fabrication de résines phénoliques, résines époxy et comme réactif dans la synthèse du 4-tert-butylcyclohexanol (un dérivé du cyclohexane). Ses applications industrielles sont multiples et incluent notamment la production d'adhésifs, de revêtements, de matériaux composites et de divers produits chimiques spécialisés. Il est identifié comme substance extrêmement préoccupante en raison de ses propriétés perturbant le système endocrinien et pouvant avoir des effets graves sur l'environnement.
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, le 4-tert-butylphénol est quantifié dans respectivement 33 % et 26 % des échantillons. Il contamine 573 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 25 stations du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 1.92 µg/l.

  • le N-butylbenzenesulfonamide (code SANDRE 5299) : il est utilisé comme plastifiant dans de nombreuses applications industrielles pour la production des polymères (polyacétals, polycarbonates, polysulfones, et polyamides).
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, il est quantifié dans respectivement 24 % et 13 % des échantillons. Il contamine 547 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 23 stations du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 4.51 µg/l.

  • le tributylphosphate (code SANDRE 1847) : c'est un polluant spécifique de l'état écologique dont la Norme de Qualité Environnementale -NQE- est de 82 µg/l pour la concentration moyenne annuelle.
    Le tributylphosphate est classé comme une substance cancérogène suspectée, et dangereuse avec des effets à long terme pour les milieux aquatiques. En Europe, il est principalement utilisé par l’industrie comme retardateur de flamme et comme solvant (Fiche de données technico-économiques de l'Ineris, 2017).
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, le tributylphosphate est quantifié dans respectivement 18 % et 6 % des échantillons. Il contamine 471 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 14 stations du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 140 µg/l.
    Sur la période considérée, soit 2022-2024, aucune station n'est déclassée par ce polluant spécifique de l'état écologique (substance réglementaire prise en compte dans l’évaluation de l’état écologique des eaux). Malgré une concentration maximale de 140 µg/l mesurée en 2022, le Ruisseau Des Trois Fontaines à Annecy 1 (06830123) n'est pas déclassé par ce paramètre.

  • le nitrophénol-2 (code SANDRE 1637) : c'est un intermédiaire de synthèse utilisé dans la fabrication de colorants, de produits chimiques pour le caoutchouc, et de substances antifongiques. C'est également un inhibiteur de corrosion pour les alliages aluminium-cuivre.
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, le nitrophénol-2 est quantifié dans respectivement 19 % et 5 % des échantillons. Il contamine 457 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 13 stations du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 0.811 µg/l.

  • le n-Butyl Phtalate (code SANDRE 1462) : il est utilisé dans une large gamme de produits d’usage courant, tels que les matières plastiques et cosmétiques (parfums, vernis...).
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, le n-Butyl Phtalate est quantifié dans respectivement 17 % et 16 % des échantillons. Il contamine 421 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 21 stations du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 3.14 µg/l.

  • le formaldéhyde (code SANDRE 1702) : c'est un intermédiaire de synthèse utilisé pour la fabrication de résines, de produits chimiques, d’engrais. Il est également employé comme agent désinfectant, comme biocide dans les industries agro-alimentaire, pharmaceutique et cosmétique.
    Sa présence dans l’environnement résulte principalement des échappements non catalysés des automobiles et des rejets d’eaux usées provenant de la fabrication ou de l’utilisation du formol (Guide pratique des substances toxiques, AESN, 2008).
    Pour cette substance, l'Ineris propose des normes de qualité environnementale (NQE) de 10 µg/l pour la concentration moyenne annuelle et de 100 µg/l pour la concentration maximale admissible dans l'eau. Ces valeurs n'ont aucun statut réglementaire et doivent donc être considérées comme des valeurs guides et non des normes.
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, le formaldéhyde est quantifié dans respectivement 21 % et 7 % des échantillons. Il contamine 276 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 6 stations du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 587 µg/l. Les concentrations mesurées (c'est-à-dire quantifiées) sont supérieures à 10 µg/l pour 2 % d’entre elles, à 100 µg/l pour une unique mesure.

  • le bisphénol A (code SANDRE 2766) : il a longtemps été utilisé pour la fabrication de matériaux plastiques (récipients alimentaires, réservoirs pour distributeur d'eau, jouets...) et de résines époxy (film de protection des boîtes de conserve et canettes, cuves à vin...). Il trouve un nombre important d'applications dans de nombreux secteurs d'activité. Reconnu pour ses propriétés de perturbations endocriniennes, il est aujourd'hui interdit d'usage en France dans tous les contenants alimentaires.
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, le bisphénol A est quantifié dans respectivement 10 % et 6 % des échantillons. Il contamine 268 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 9 stations du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 1.28 µg/l.

Pour le support sédiment, quel que soit le bassin considéré, parmi les paramètres les plus quantifiés figurent :

  • le crésol-para (code SANDRE 1638), substance pertinente à surveiller (SPAS).
    Ce composé a été très utilisé pour la fabrication de résines synthétiques (bakélite).
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, le crésol-para est quantifié dans respectivement 47 % et 33 % des échantillons. Il contamine 252 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 9 stations du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 3 120 µg/kg de MS ;

  • le DEHP (code SANDRE 6616), substance dangereuse prioritaire de l’état chimique.
    C'est un plastifiant largement utilisé pour la production de PVC souple. Cependant, en tant que perturbateur endocrinien avéré, l’usage du DEHP est de plus en plus réglementé. Il est notamment interdit dans les produits à risque tels les cosmétiques, les jouets. Présent dans de nombreux produits, son émission dans l’environnement est majoritairement diffuse et par conséquent difficile à maîtriser.
    Peu soluble, il s’adsorbe sur les sédiments où il se concentre et se dégrade plus difficilement. Sur la période 2022-2024, le DEHP est quantifié dans 46 % des échantillons du bassin Rhône-Méditerranée mais dans aucun des échantillons du bassin de Corse. Il contamine 201 stations du bassin Rhône-Méditerranée et sa concentration maximale mesurée est de 7 380 µg/kg de MS ;

  • le toluène (code SANDRE 1278), substance pertinente à surveiller (SPAS).
    Les usages du toluène sont multiples : essence, fabrication du benzène, intermédiaire de synthèse, solvant dans les peintures, encres, produits pharmaceutiques, additifs dans les produits cosmétiques (Fiche de données technico-économiques de l'Ineris).
    Sur les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, le toluène est quantifié dans respectivement 25 % et 4 % des échantillons. Il contamine 138 stations du bassin Rhône-Méditerranée et 1 station du bassin de Corse. La concentration maximale mesurée est de 549 µg/kg de MS.

Une autre substance contamine fréquemment les cours d'eau du bassin Rhône-Méditerranée, le BDE209 (code SANDRE 1815), substance pertinente à surveiller (SPAS). C'est un décabromodiphényléther utilisé comme retardateur de flamme dans les composés en plastique (boîtiers d'ordinateur et de télévision...) et produits textiles (moquette, tapisserie...).
Il est quantifié dans 21 % des échantillons et contamine 98 stations. La concentration maximale mesurée est de 2 200 µg/kg de MS.

Exemple de lecture du graphique :

Sur la période, le DEHP, substance de l'état chimique, a été quantifié :

  • pour le support eau, dans 14.1 % des échantillons prélevés. Pour ce support, la concentration maximale mesurée est de 7.75 µg/L et le nombre de stations contaminées au moins une fois de 386 ;
  • pour le support sédiment, dans 46 % des échantillons prélevés. Pour ce support, la concentration maximale mesurée est de 7 380 mg/kg(MS) et le nombre de stations contaminées au moins une fois de 201.
MS : matière sèche