Plans d'eau

2. Les éléments de qualité

2.1. La biologie

2.1.3. Les poissons

Le peuplement piscicole des plans d'eau est évalué au travers de l'Indice Ichtyofaune Lacustre (IIL). Cet indice multimétrique repose sur l'utilisation de certaines données acquises par échantillonnage à l'aide de filets maillants multimailles (NF EN 14757).
Cette méthode normalisée consiste à effectuer un échantillonnage aléatoire au sein de chacune des strates de profondeur du plan d'eau. Le nombre de filets à poser est fonction de la superficie du plan d'eau et de sa profondeur maximale (chaque filet maillant mesure 30 m de long, de 1,5 m de profondeur pour les filets benthiques à généralement 6 m de profondeur pour les filets pélagiques et comporte 12 dimensions différentes de mailles). Les filets sont généralement mis en place avant le crépuscule (18-20 h) et relevés 2 à 3 h après le lever du soleil.
Les poissons capturés sont ensuite identifiés, dénombrés, mesurés et pesés. L'IIL utilise trois caractéristiques du peuplement piscicole : l'abondance totale (nombre total d'individus capturés), la biomasse totale et l'abondance d'individus omnivores.
Les valeurs observées de ces métriques sont ainsi comparées aux valeurs théoriques en l'absence d'eutrophisation. L'IIL rend ainsi compte de l'écart entre ces deux situations et du niveau d'altération du peuplement. Il ne s'applique qu'aux lacs naturels.

Les valeurs IIL disponibles pour les plans d'eau suivis en 2024

      Classe ETAT Qualification Commentaire
Nom du plan d'eau Année IIL      
CLAIRVAUX 2021 0.896 TB Correcte
2015 0.746 TB Correcte
2009 0.917 TB Correcte
ILAY 2022 0.139 MAUV Correcte
2016 0.361 MOY Correcte
2009 0.655 B Correcte
PETICHET 2021 0.61 B Correcte
2015 0.354 MOY Correcte
2008 0.09 MAUV Incertaine Résultat IIL non cohérent avec autres EQ et connaissance piscicole du milieu, qu'une année de données
REMORAY 2024 0.706 B Correcte
2016 0.458 MOY Correcte
2009 0.359 MOY Correcte
SAINT-POINT 2021 0.275 MED Correcte
2015 0.053 MAUV Correcte
2009 0.0 MAUV Correcte

Indices calculés avec le SEEE (V1.0.3) et récupérés depuis le site de mise à disposition des données du pôle écosystème lacustre de l'INRAE http://dashboard.ecla.inrae.fr/

Plus l’indice IIL tend vers 1, plus l’élément de qualité poissons s’apparente au très bon état.

Qualification : la qualification de la donnée est le niveau de confiance qu’un opérateur a dans la conformité d'un résultat (Correcte/Incertaine/Incorrecte)

L'IIL s'applique aux seuls plans d'eau naturels. Ainsi le tableau ci-dessus ne liste que les plans d'eau naturels où cet indice a pu être déterminé. L'ensemble des plans d'eau où l'élément de qualité ichtyofaune est pertinent (plans d'eau naturels et d'origine anthropique visés par l'arrêté "Surveillance") fait cependant l'objet d'un suivi piscicole.

Le suivi piscicole est réalisé par l'OFB. L'année d'échantillonnage piscicole est généralement calée sur le suivi des autres éléments de qualité mais il existe parfois un décalage entre ces suivis. Par ailleurs, la fréquence du suivi piscicole (tous les 6 ans) n'étant pas identique à celle des autres éléments de qualité en ce qui concerne les plans d'eau du contrôle opérationnel (suivis tous les 3 ans), tous les résultats ne sont donc pas nécessairement obtenus la même année de suivi. Le tableau ci-dessus reprend les résultats piscicoles disponibles pour les plans d'eau suivis en 2024 par l'agence de l'eau.

D'après les données les plus récentes à disposition, trois lacs atteignent au moins le bon état pour l'élément de qualité poisson. Il s'agit du Grand lac de Clairvaux (données 2021) qui atteint même le très bon état, ainsi que des lacs de Petichet (données 2021) et du lac de Remoray (données 2024).
Les trois suivis effectués sur le lac de Clairvaux conduisent tous à classer le plan d'eau en très bon état piscicole, c'est à dire que la structure de la population observée s'apparente presque totalement aux conditions non perturbées. Les lacs de Petichet et de Remoray sont quant à eux classés en bon état piscicole. Dans les deux cas, la dernière année de suivi aboutit à un résultat d'évaluation en progrès par rapport aux résultats antérieurs classant ainsi ces lacs en bon état. L'interprétation piscicole dressée par l'OFB sur le lac de Petichet nuance cependant cette amélioration apparente puisque la fluctuation de la composition du peuplement pisciaire observée en 2021 (baisse pour les corégones et gardons, hausse pour la perche), ainsi que l'apparition de l'écrevisse de Californie ne constituent pas des signaux favorables vis-à-vis de la qualité du système lacustre. La plus faible productivité du plan d'eau en termes de biomasse et de nombre de capture constitue cependant un signe d'amélioration selon l'indicateur, situation plus proche des conditions de références attendues pour ce plan d'eau. Concernant le lac de Remoray, la diminution de l'abondance totale et le maintien d'une biomasse assez conforme aux attentes conduisent également à une amélioration de le valeur de l'indice ichtyofaune du plan d'eau. La moindre abondance des individus omnivores est également un élément explicatif de cette amélioration (rotengle, gardon). Il convient de relever également que la période de pêche du lac de Remoray (octobre en 2024 et juillet pour les deux suivis précédents) peut expliquer certaines variations dans la composition du peuplement piscicole observé entre les différents suivis et peut donc potentiellement influer sur la valeur finale de l'indicateur. Les résultats obtenus sur Remoray et Petichet seront à confirmer par de prochains suivis.


Le lac de Saint-Point affiche un état pisicole médiocre en 2021. Ce résultat est malgré tout en progrès par rapport aux deux précédents suivis réalisés qui conduisaient à un état mauvais. La très forte productivité de ce plan d'eau (très forte abondance) pénalise notamment la valeur de l'indicateur, même si une amélioration semble se dessiner. Les prochains suivis seront à surveiller pour voir si cette tendance se confirme.

Enfin, le lac d'Ilay est classé en mauvais état pour le compartiment piscicole. Sur ce plan d'eau, l'indicateur est en constante dégradation entre les trois suivis réalisés, passant ainsi du bon état en 2009, à un état moyen en 2016 et finalement à l'état mauvais en 2022. La composition du peuplement a subi une nette évolution entre ces différents suivis avec une forte augmentation de l'abondance, passant de 129 ind/1000 m² de filets en 2009 à 587 ind/1000 m² de filets en 2022, soit des valeurs multipliées par presque 5. Les abondances de gardon, perche et rotengle ont ainsi connu une très forte hausse, impactant fortement les métriques reflétant l'abondance totale et l'abondance des individus omnivores. Le lac tend ainsi à devenir plus productif, notamment au niveau de ses abondances, ce qui peut traduire un phénomène lent d’eutrophisation. Il convient de noter également, la présence du silure qui potentiellement peut avoir un impact sur ce type d’écosystème lacustre, ainsi que la dynamique de population de perches, et dans une moindre mesure de corégones, qui apparaissent non optimales.

Plus globalement, ces résultats mettent aussi en avant une variabilité interannuelle de l'indice IIL qui peut être très importante. Les résultats annuels sont donc à considérer avec précaution et pour une évaluation plus fiable de l'état écologique, la prise en compte de plusieurs années de suivis sur cet indicateur paraît d'autant plus nécessaire.