La majorité des plans d'eau suivis en 2024 (15/22) a donné lieu à un suivi de micropolluants sur le support sédiment (plans d'eau du RCS : suivi effectué tous les 3 ans / plans d'eau du CO à risque "Substances" et/ou "Nutriments" et/ou "Pesticides" : suivi effectué tous les 3 ans). Près de 650 substances sont recherchées dans les sédiments. Ces substances sont analysées sur une seule campagne annuelle, effectuée en fin de période estivale. Le tableau ci-dessous récapitule les plans d'eau ayant fait l'objet d'un suivi de ce type en 2024.
| Plan d'eau (département) | Réseau(x) | Plan d'eau (département) | Réseau(x) |
|---|---|---|---|
| Aiguebelette (73) | RCS | Remoray (25) | RCS/CO |
| Avène (34) | CO | Saint-Point (25) | RCS/CO |
| Bouillouses (66) | RCS | Sautet (38) | RCS |
| Grand Clairvaux (39) | RCS/CO | Villefort (48) | CO |
| Ilay (39) | RCS | Vinça (66) | CO |
| Laffrey (38) | RCS | Codole (2B) | RCS/CO |
| Monteynard-Avignonet (38) | RCS/CO | Figari (2A) | RCS |
| Petichet (38) | RCS/CO |
Les grands types de substances quantifiées
Le graphique ci-dessous illustre, par plan d'eau et sur l'année 2024, le nombre de quantifications enregistrées pour les principales familles de micropolluants :
Nombre de substances recherchées par famille de micropolluants : Micropolluants minéraux (26), HAP (27), PCB-Dioxines-Furanes (31), Pesticides (327), Emergents (8), Micropolluants organiques autres (225) en 2024.
Comme sur le support "Eau", les éléments traces métalliques constituent la principale famille de micropolluants retrouvés dans les sédiments de plans d'eau. Tous les plans d'eau étudiés affichent ainsi entre 22 et 26 micropolluants minéraux quantifiés sur les 26 paramètres recherchés. Leur présence naturelle dans l’environnement et leur forte capacité d’adsorption sur le support sédiment expliquent ce nombre élevé de quantifications.
La totalité des plans d'eau suivis présente également des quantifications de HAP. Ces composés sont issus de la combustion incomplète des énergies carbonées (chauffage, transport). Les HAP sont des composés généralement peu solubles dans l’eau. Ils s’adsorbent sur les sédiments où ils vont s'accumuler. Le ruissellement des eaux pluviales sur la chaussée et les apports atmosphériques (lessivage de l'atmosphère lors des précipitations) sont les principales voies de transfert des HAP vers les milieux aquatiques.
Quatre plans d'eau s'illustrent par des concentrations élevées en HAP, comprises entre environ 3 800 et 7000 µg/kg de matière sèche (MS) : deux lacs du Doubs (Saint-Point et Remoray), un lac du Jura (Ilay), et une retenue des Pyrénées-Orientales (Vinça). Le chauffage au bois sur le secteur géographique Doubs-Jura, ains que la situation de la retenue de Vinça, positionnée en fond de vallée de la Têt et dont la rive droite est longée par un axe de circulation automobile important (RN 116), peuvent être des éléments explicatifs du niveau de contamination observé en HAP sur ces milieux. Il convient de relever que la concentration obtenue en 2024 pour la retenue de Vinça est nettement supérieure aux valeurs habituellement rencontrées sur ce plan d'eau, dont la somme en HAP quantifiés avoisine généralement les 1 000 µg/kg MS.
Pour l'ensemble des plans d'eau suivis, les concentrations observées par substances restent inférieures à la PEC ("probable effect concentration", MacDonald et Al 2000), soit la concentration à partir de laquelle une forte probabilité d’avoir des effets sur l'environnement est attendue. Elles dépassent cependant la TEC ("Threshold effect concentration"), correspondant à une concentration en dessous de laquelle on ne se s’attend pas à observer des effets, pour de nombreuses substances dans le cas des quatre plans d'eau cités précédemment. La qualité des sédiments de ces quatre plans d'eau paraît ainsi plus altérée que les autres plans d'eau suivis en 2024 mais il n'est pas possible de conclure sur le risque réel de toxicité.
La comparaison interannuelle des résultats permet de constater que le niveau de contamination en HAP des 3 lacs précités (Saint-Point, Remoray, Ilay) reste conforme aux résultats des précédents suivis réalisés. Globalement, les niveaux de contamination restent assez stables sur la chronique de données mais cette représentation met également en lumière des résultats parfois atypiques, comme le cas de Vinça en 2024, et de manière encore plus marquée, Monteynard-Avignonet en 2015 (résultats cependant confirmés par le laboratoire d'analyses, notamment par deux techniques d'analyses différentes pour ce qui est de Monteynard).
TEC : Threshold Effect Concentration = concentration seuil d'effet
PEC : Probable Effect Concentration = concentration produisant un effet probable
La TEC correspond à une valeur seuil déclencheuse d'effets alors que la valeur PEC prédit des effets probables. En dessous du seuil TEC, les organismes ne sont pas considérés comme affectés par les différentes substances, car les concentrations sont très faibles. Au-dessus du seuil TEC, les organismes les plus sensibles sont possiblement affectés par les substances toxiques, alors qu'au-dessus du seuil PEC, les concentrations sont suffisamment élevées pour produire des effets néfastes sur les organismes [Surveillance de la qualité des sédiments en Suisse, Etat actuel des méthodes disponibles et mise en place de recommandations, Centre Suisse d'écotoxologie appliquée, 2012]
Contrairement aux HAP que l'on retrouve sur la totalité des plans d'eau, les composés du groupe des "PCB, Dioxines, Furanes" se concentrent sur un nombre plus limité de plans d'eau (11/15) et de manière véritablement notable sur seulement trois plans d'eau : le lac de Laffrey, et les lacs d'Ilay et de Saint-Point.
Ce sont essentiellement des composés appartenant aux PolyChloroBiphényls (PCB) qui ont été quantifiés (70 % des quantifications concernent des PCB / 5 plans d'eau contaminés), ainsi qu'une substance de la famille des furanes, le dibenzofurane (30 % des quantifications concernent cette substance / 11 plans d'eau contaminés). Les PCB (aussi connus sous le nom de pyralène) sont des composés aromatiques chlorés synthétiques, longtemps utilisés dans l'industrie comme isolant électrique (condensateurs électriques), ignifugeant et lubrifiant. Ils étaient également utilisés dans les vernis, encres, peintures, solvants...
Leur utilisation est interdite en France depuis 1987. Très peu solubles dans l'eau, très persistants (très peu biodégradables), ils s'accumulent dans le milieu naturel (sol, sédiment) et dans la chaîne alimentaire (substances lipophiles). Les retombées atmosphériques sont également à considérer comme voie de contamination (incinérateurs).
Les trois lacs cités (Laffrey, Ilay, Saint-Point) se distinguent des autres plans d'eau suivis par les concentrations mesurées en termes de somme de PCB quantifiés (de 8.1 à 17.7 µg/kg MS) et également par le nombre de congénères différents identifiés (6 pour les lacs d'Ilay et de Saint-Point et jusqu'à 11 congénères pour le lac de Laffrey). Ces trois plans d'eau présentaient déjà des quantifications pour ce groupe de substances lors des précédents suivis et en des concentrations généralement assez similaires. Pour ces plans d'eau, la somme des 7 PCB indicateurs1 habituellement considérés reste nettement inférieure à la TEC (59.8 µg/kg MS, McDonald et al 2000). Il faut cependant noter que cette valeur seuil paraît relativement élevée au regard de l'impact potentiel sur la contamination des poissons. Ainsi, dans le cadre de l'étude "Plan Rhône" et selon l'approche s'appuyant sur un modèle statistique, les seuils de 5.9 et 12.7 µg/kg MS (ΣPCBi dans les sédiments) étaient proposés pour que respectivement 90 % et 75 % des poissons soient conformes au seuil réglementaire de consommation (Babut, Miege et al. 2011).
La comparaison interannuelle des résultats met également en lumière les trois plans d'eau précédemment cités (Laffrey, Ilay, Saint-Point) du fait de la récurence de la quantification de PCB sur ces plans d'eau. Cette représentation fait également ressortir des concentrations ponctuellement plus importantes sur certains plans d'eau et certaines années de suivi (Laffrey 2021, Monteynard 2015), illustrant la variabilité qui peut être parfois observée sur ces résultats. Cela souligne l'importance de disposer d'un certain historique de données pour mieux qualifier le niveau de contamination des sédiments étudiés et relativiser des résultats ponctuels, pouvant parfois être peu représentatifs.
1 Les PCB indicateurs rassemblent sept congénères (PCB 28, 52, 101, 118, 138, 153, 180) sélectionnés pour leur fréquence de détection et leur capacité à représenter la contamination globale en PCB. Ils constituent environ 70 à 80 % des PCB mesurés dans l’environnement et sont utilisés comme indicateurs de contamination par les PCB.
Concernant le groupe des phytosanitaires, seuls trois plans d'eau présentent des quantifications de ce type en 2024.
La même substance est alors en cause, quantifiée sur les retenues de Corse suivies en 2024 (Codole, Figari) et sur le lac d'Aiguebelette, entre 12 et 23 µg/kg MS. Il sagit d'un insecticide, l'indoxacarbe, dont l'usage agricole est interdite dans l'union européenne depuis 2022. Il reste autorisé dans certains biocides (blattes, fourmis) et peut se retrouver dans certains traitements antiparasitaires (usage vétérinaire).
Il convient également de noter que dans ce traitement de données, l'anthraquinone a été considérée en tant que HAP et non pas en tant que phytosanitaire. Cette substance, dérivée de l'anthracène, peut se retrouver naturellement dans l'environnement (certains animaux, plantes en contiennent), mais c'est aussi une substance active de produits phytosanitaires, utilisée comme répulsif des oiseaux. Cette substance a été quantifiée sur 8 plans d'eau à une concentration généralement inférieure à 15 µg/kg MS. Quatre plans d'eau affichent une valeur supérieure : entre 30 et 40 µg/kg MS pour le lac d'Ilay et la retenue de Vinça, à des valeurs voisines de 70 µg/kg MS pour les lacs de Remoray et de Saint-Point.
Le groupe des substances dites "émergentes" a été retrouvé sur 9 plans d'eau. Deux substances sont identifiées : l'octocrylène et l'irganox 1076, chacune présentant une fréquence de quantification proche de 50 % (8/15 plans d'eau). L'octocrylène est utilisé en tant que filtre UV présent dans certaines crèmes solaires et ayant la caractéristique de résister à l'eau. Il se retrouve également dans les cosmétiques de la vie quotidienne : shampoings, crèmes anti-âge, autobronzants... L'abaissement de la LQ de ce paramètre d'un facteur 20 entre les suivis 2021 et 2022 (100 µg/kg MS à 5 µg/kg MS) explique la fréquente quantification de cette substance lors des suivis 2022, 2023 et 2024, alors que celle-ci n'était qu'anecdotiquement quantifiée lors des suivis précédents. Sa quantification reste de l'ordre de 10 à 20 µg/kg MS sur la plupart des plans d'eau où elle est retrouvée en 2024, la concentration la plus élevée étant obtenue sur le lac de Petichet où elle avoisine les 45 µg/kg MS.
L'irganox 1076 est un antioxydant industriel largement utilisé dans les plastiques, dans les matériaux de construction, revêtements et colles, dans les lubrifiants industriels. Les valeurs les plus élevées ont été obtenues sur les lacs d'Ilay, Saint-Point et Remoray (entre 70 et 96 µg/kg MS).
15 autres micropolluants organiques ont été quantifiés. Un isomère du Crésol (crésol-para), ainsi que le di(2-éthylhexyl)phtalate (DEHP) constituent les substances quantifiées sur le plus grand nombre de plans d'eau (9 à 10 plans d'eau).
Les phtalates sont utilisés pour assouplir les matières plastiques et entrent donc dans la composition de nombreux plastiques (dont les PVC). Le DEHP est le plus utilisé des phtalates. Il s'agit d'une substance dangereuse prioritaire. La présence de phtalates dans l'environnement provient de la dégradation des déchets plastiques et du ruissellement de l'eau sur les surfaces plastifiées en contenant. La pollution par les phtalates est donc essentiellement d'origine diffuse. Le DEHP est biodégradable mais peut persister plus longtemps que d’autres phtalates dans le milieu aquatique où il va s’associer aux sédiments et ainsi mieux résister à la dégradation en mode aérobie (Dargnat, 2009). Les concentrations observées en 2024 restent faibles, inférieures à 200 µg/kg MS pour la quasi totalité des quantifications, seule 1 valeur est remarquable sur la retenue de Villefort (944 µg/kg MS).
Les crésols peuvent être naturellement présents dans l'environnement (présents dans les plantes, issus du métabolisme de plusieurs organismes dont les mammifères et les micro-organismes, produits de la combustion incomplète de différentes hydrocarbures, du bois, etc.) ou bien issus d'une production anthropique. Les crésols sont largement utilisés comme intermédiaires dans la production de plusieurs produits qui sont eux-mêmes utilisés dans une grande variété d'applications quotidiennes telles que les antioxydants (dans les plastiques), les résines, les plastifiants, les pesticides, les colorants, les composés désodorisants et odorants, les parfums, les produits pharmaceutiques, et d'autres produits chimiques (OCDE, 2001, 2005). Les crésols commerciaux contiennent des pourcentages variables des 3 isomères. L'isomère du Crésol le plus quantifié en 2024 dans les sédiments des plans d'eau est retrouvé en des concentrations variant de quelques dizaines de µg/kg MS (20 à 60 µg/kg MS) à 1 730 µg/kg MS sur la retenue de Codole. Les résultats de ce paramètre sont à prendre avec précaution, des variabilités assez importantes étant constatées sur un même plan d'eau selon les années de suivis.