
Les substances pharmaceutiques regroupent des substances actives issues des médicaments à usage humain et vétérinaire, ainsi que leurs produits de transformation appelés métabolites. La présence de ces substances dans les eaux souterraines a été largement établie par la campagne photographique réalisée en 2024. Cette campagne « exploratoire » est réalisée tous les 6 ans sur l’ensemble du réseau de contrôle surveillance (RCS) conformément aux prescriptions de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE). Elle permet de suivre ces polluants dit « émergents », non en raison de leur apparition récente mais parce que leur recherche résulte d’une prise de conscience accrue de leurs effets potentiels sur le santé et l’environnement d’une part, et, d’autre part, des progrès analytiques réalisés par les laboratoires.
Au niveau de la réglementation, les substances pharmaceutiques n’ont pas encore de valeurs limites explicites dans la DCE comme c’est le cas pour d’autres paramètres (nitrates, pesticides, etc.). Pour l’instant, le suivi consiste à collecter des données sur leur occurrence dans les eaux afin d’améliorer les connaissances scientifiques et d’anticiper les risques potentiels pour les écosystèmes et la santé humaine à long terme.
La présence de substances pharmaceutiques dans les eaux souterraines résulte de sources multiples liées à l’usage des médicaments humains et vétérinaires.
L’une des voix principales de transfert vers le milieu souterrain est dû à un mauvais traitement des eaux usées par les stations d’épuration, ces dernières n’ayant pas été conçues pour traiter ce type de pollution. Les rejets des stations d’épuration impactent donc de manière continue les milieux aquatiques, principalement les cours d’eau mais aussi indirectement les eaux souterraines par infiltration et échanges nappes-rivières.
Une autre source de contamination importante est liée aux usages vétérinaires et agricoles, notamment dans les zones d’élevage intensif. L’administration de médicaments vétérinaires (antibiotiques, antiparasitaires, anti-inflammatoires) et l’épandage des effluents d’élevage sur les sols favorisent le transfert les eaux souterraines, en particulier dans les contextes hydrogéologiques vulnérables. Il faut également noter que l’épandage de boues de stations d’épuration contribue également à cette pollution diffuse.
Il existe aussi des sources de pollutions ponctuelles associées aux établissements de santé tels que les hôpitaux, aux laboratoires et aux sites de production pharmaceutique. Ils peuvent contribuer localement à des concentrations élevées.
Enfin, d’autres sources peuvent contaminer les eaux souterraines de manière non négligeable dans certains secteurs. Ces sources incluent la mauvaise gestion des déchets médicamenteux (rejets domestiques, élimination inappropriée de médicaments périmés), les décharges anciennes ou mal confinées, ainsi que les dysfonctionnements des réseaux d’assainissement (fuites, débordements, raccordements non conformes).
La metformine est la molécule la plus quantifiée à l’échelle du territoire de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse. Il s’agit d’un antidiabétique de la famille des biguanides utilisé généralement dans le traitement du diabète de type 2. Sa présence s’explique principalement par une consommation élevée et croissante au sein de la population française (2 à 3 g par jour et par patient), associée à une faible métabolisation chez l’être humain. Une grande partie des quantités ingérées se retrouve dans les réseaux d’assainissement et n’est pas éliminée par les systèmes de traitement des eaux usées. Les propriétés physico-chimiques de la molécule, notamment une forte polarité, une grande solubilité dans l’eau et une faible adsorption sur les sols et les sédiments, expliquent sa mobilité élevée et sa capacité à atteindre les nappes souterraines. Les difficultés d’analyses rencontrées dans un premier temps avec la recherche de cette substance, notamment dus à la polarité de la molécule et aux difficultés d’extraction et de préconcentration afin d’améliorer la sensibilité sont en grande partie résolus aujourd’hui avec le développement d’injection directe et la très grande sensibilité des appareils récents.
L'irbésartan utilisé dans le traitement de l’hypertension artérielle et de certaines pathologies cardiovasculaires fait partie des molécules les plus retrouvées dans les eaux souterraines. Les études montrent que cette substance s’élimine principalement via les fèces et peu via le système rénal. Moins résistante et moins soluble que la metformine, elle a néanmoins des propriétés physico-chimiques et une mobilité suffisante qui lui permettent d’atteindre les eaux souterraines.
Le sulfaméthoxazole est un antibiotique antimicrobien à large spectre utilisé aussi bien dans le domaine de la médecine que dans le domaine vétérinaire. Il fait partie des substances les plus fréquemment quantifiées lors de la campagne photographique. A l’heure actuelle, il y a des interrogations dans le monde scientifique pour savoir si les antibiotiques présents dans les eaux peuvent contribuer au développement de résistances. Par exemple, si des bactéries présentes dans l’environnement sont exposées constamment à des antibiotiques, il est envisageable que certaines développent des stratégies pour s’y adapter, ou mutent. D’après l’OMS, cette perspective « constitue aujourd’hui l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement ».
Enfin, la carbamazépine est un anti-épileptique prescrit également lors de douleurs liées au système nerveux et dans le traitement de troubles psychiatriques. Elle est fréquemment mesurée dans les milieux aquatiques en raison de sa faible biodégrabilité, la molécule se caractérise par une forte stabilité chimique et une grande persistance environnementale.
Une campagne de recherche de 135 substances pharmaceutiques a été réalisée en 2024 sur toutes les stations du Réseau de Contrôle de Surveillance (RCS).
Ces substances sont principalement présentes dans les aquifères les plus vulnérables du bassin et en lien avec les eaux de surface.