
Nota : sur les 646 stations disposant de données pesticides, seules 591 stations ont fait l'objet d'une recherche exhaustive de ces substances. Dans la suite du document, l'analyse porte sur ces 591 stations.
La présence de pesticides a été détectée et quantifiée au moins une fois sur près de 62 % des stations suivies. Les teneurs mesurées sont parfois très faibles et ont dans ces cas peu d’incidence sur la qualité des eaux. Cela traduit néanmoins une dispersion importante des pesticides et une présence dans une part significative des eaux souterraines.
Les classes de fréquence de quantification représentent le pourcentage de prélèvements présentant au moins une quantification de pesticides.
Ainsi pour une station qui apparait en jaune dans la carte ci-dessous (classe < 50 %), un ou plusieurs pesticides ont été quantifiés sur moins de 50 % des prélèvements.
A quelques exceptions près, les stations contaminées se trouvent dans les secteurs identifiés à risque de par la vulnérabilité des nappes concernées et les pressions principalement d’origine agricole qui s’y exercent. Ces stations appartiennent au CO et font l’objet d’un suivi particulier vis-à -vis des pesticides.
146 substances phytosanitaires ont été quantifiées sur 604 recherchées, un peu moins de 46 % d'entre elles sont des herbicides, 17.8 % des métabolites d'herbicides, les fongicides représentent 17.1 % des substances quantifiées et les insecticides 11.6 %. Les 7,6 % restant sont des molécules mixtes ou des régulateurs de croissance ainsi que des métabolites hors métabolites d'herbicides.
La contamination des eaux souterraines par les produits phytosanitaires est principalement le fait des triazines (atrazine, terbuméton, simazine, terbuthylazine, etc. ) et de leurs produits de dégradation (tels que l’atrazine déséthyl et l’atrazine déséthyl déisopropyl).
L’usage de la plupart de ces substances est interdit en France depuis de nombreuses années. Toutefois, l’utilisation massive de ces produits avant leur interdiction ainsi que leurs propriétés (faible biodégradabilité, persistance d’action, durée de vie, mobilité...) en font encore de nos jours la cause majeure de pollution par les produits phytosanitaires, même si les concentrations rencontrées ne sont pas systématiquement à l'origine d'un déclassement de la qualité des eaux .
Ayant une structure chimique différente de celle de leur molécule mère, les métabolites présentent des propriétés physico-chimiques distinctes et peuvent donc se comporter différemment dans l’environnement. Dans le cas de l’atrazine, le remplacement de l’atome de chlore par une fonction hydroxyle (OH) conduit à un métabolite, le 2-hydroxyatrazine plus soluble dans l’eau mais présentant une meilleure affinité pour la matière organique du sol et donc une meilleure rétention dans le sol que l’atrazine elle-même (quantifié dans 22,3 % des cas). Inversement, l’élimination des groupes alkyles (déséthyle et désisopropyle) de l’atrazine diminue l’affinité pour la matière organique du sol (donc la rétention) et facilite le transfert vers les eaux souterraines. L’atrazine se biodégrade en conditions aérobies d’abord et principalement en déséthyl-atrazine (26,7 % de quantification) et dans une moindre mesure en déisopropyl-atrazine (9,4 % de quantification) puis en déséthyldéisopropyl-atrazine (22,8 % de quantification).
Depuis l'interdiction de l'atrazine, le S-métolachlore est devenu l'un des produits les plus vendus pour le désherbage chimique dans les zones de grandes cultures. L’adsorption du S-métolachlore est largement plus importante que celle des 2 métabolites ESA et OXA. Cette plus forte adsorption explique vraisemblablement pourquoi les 2 métabolites sont plus fréquemment quantifiés que la molécule mère. La recherche des métabolites ESA et OXA du métolachlore depuis 2017 révèle une contamination des eaux souterraines par les produits de dégradation du S-métolachlore. Le métolachlore ESA est la substance la plus quantifiée à l'échelle du bassin, quantifiée dans 31 % des cas. Elle est également celle qui présente la fréquence de dépassement de la norme eau potable la plus élevée (12,3 %). Le métolachlore ESA a été retenu comme pertinent par la direction générale de la santé. La limite de qualité qui s’applique est la même que pour les molécules mères : 0,1 μg/L pour chaque métabolite, et 0,5 μg/L pour la somme des substances retrouvées. En revanche, le métolachlore OXA est considéré comme non pertinent et n’entre plus en compte dans l’évaluation de l’état chimique des eaux souterraines.
Parmi les substances fréquemment rencontrées, il est également intéressant de noter la présence de l’oxadixyl, un fongicide interdit depuis 2003, utilisé en association avec d'autres substances sur les vignes (traitement du mildiou), et ponctuellement sur les laitues, les tomates, les pommes de terre...
Les dépassements de la norme Alimentation en Eau Potable ont donc trois origines principales :
la présence de métolachlore ESA, dans 12,3 % des cas avec des concentrations parfois très importantes ;
la somme des pesticides, 9,1 % des cas ;
la présence de l’atrazine déséthyl déisopropyl, dans 6 % des cas.
A noter :
Le glyphosate, produit phytosanitaire le plus vendu sur le territoire de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, et son produit de dégradation l’AMPA ne sont que très peu détectés dans les eaux souterraines.
(+) Substances interdites (++) Produits de dégradation de substances interdites (+++) Substances autorisées